samedi, 21 mars 2009
LE PROBLÈME AVEC WARHOL
(notre photo : Laurent Laurent par Andy Wahrol) Supposez que vous êtes artiste. Vous avez besoin de vous exprimer au début des années 60. Parce que vous avez envie de dire des choses, soit par malaise interne, soit par narcissisme, soit par révolte, parce que vous trouvez forcément dans la contestation de la société, matière à vous exprimer. Si vous voulez seulement vous faire du fric, vous optez vers l’industrie, le négoce des denrées avec l’Afrique ou un mariage avec un héritier style Croisette. Ou alors comme Warhol, vous faites comme tout le monde, vous démarrez dans la pub. Mais c'est trop frustrant.
Sinon, si vous vous orientez vers une carrière artistique…
… Là, il vous faut une rupture. Rupture par rapport au système qui fait de vous un salarié artistique publicitaire. Et rupture avec l'anonymat. Ensuite vous avez encore deux choix : à cette époque, entre prôner le bien beau et bon, trop absent de la société, combattre le mal ou et carrément rentrer dans la lutte politique avec les faibles contre les forts, le plus probable. Si vous êtes artiste conformiste, vous rentrer dans les galeries conservatrices à l’ancienne et vous n’attirez pas l’attention. Ou alors, vous choisissez le contre-pied du contre-pied, l’ironie, la provocation face au conformisme contestataire. Vous prenez donc ce qu’il y a de pire dans la société et vous le portez aux nues pour faire voir aux idiot comme l’homme est idiot.
Vous prenez donc les objets les plus vulgaires de la consommation, les boites de soupe, les bananes, le maquillage vulgaire et vous les installez en situation muséale. Vous produisez avec talents. À force de ne faire que cela, au bout d’un moment, l’objet de consommation dénoncé, vos portraits des "pires" se remarquent, deviennent appréciés. "C’est génial". L’avant garde est conquise.
Chemin faisant, le gros des troupes arrive, étonné, qui n’étaient pas là au début, (lors de votre rupture) répète que c’est génial : votre boite de soupe, les bananes – quelle force ! – sont les emblèmes moderne de l’Amérique Moderne. Grace à vous l’Américan Way of Life a trouvé une véritable et grande expression. « Enfin vous êtes quelqu’un qui a su redorer le blason de la grande Amérique, tant critiqué par les artistes. Oui, le monde est fait de soupe et de bananes. Vos avez eu le courage de l dire.
Votre côte monte. L’argent rentre. Et il suffit de faire des multiples pour engranger. Ce n’est pas désagréable. D’autant plus que le camp de l’avant garde radical, vous assassine car vous êtes devenu un traître, un vendu. Où sont les amis ? Chez le fric. Et à droite forcémment. La jet set.
Parti d’une critique au second degré, vous vous retrouvez au premier plan avec les réac, avec la droite.
Ainsi va le piège de la provocation érigé en système systèmatique. C’est pour cela que Warhol est un finalement un imposteur. Il commence forcément à gauche et fini à droite. « Il avait tout compris dès le départ »… Tu parles, Charles.
C’est le piège classique en art.
Ce processus, cette politique comportementale peut-être étendu à tout les domaine de la lutte. Si vous prenez les armes de l’adversaire, vous vous transformez en cette adversaire inexorablement.
En politique, si vous êtes à gauche et que vous usez des armes de la droite, copinage, lèche botte, faux cul, arrivisme, concurrence déloyale, vous finirez à droite, c’est certain.
Si vous assassinez les assassins, ça ne pourra que renforcer les assassins pour vous assassiner vous-même. Et au lieu de combattre les assassins, vous les aurez encouragé.
***
Ajout Houellebeck : Le cas est similaire pour Michel Houelbeck, qui a marqué ces 10 ans par sa critique aiguë de la société. Il a tapé juste, dans le milieu littéraire, habitué des intellectuels de gauche, en faisant une critique des critiqueurs et des non conformistes. En critiquant la gauche, son conformisme, ses travers, etc, pour faire bref. Ce fut sa spécialité avec l’habileté qui l’ont placé au premier rang et avec l’admiration de ceux qui étaient exaspérés justement des contradictions et nullités du camp progressiste et qui crevaient de faim d’une critique comme cela.
À force, bien entendu, il est devenu suspect. Puis s'est retrouvé dans le camp de l’ennemi focément. Et il a du passer maintenant avec la droite, en réactionnaire, qui voyant cela, ne peut que recueuillir ce fichu-dehors, à bras ouvert.
Il lui faudra bien des livres acerbes comme il sait les faire, de critique de la droite, de descente en flammes des patrons, du fric, du capitalisme et bien des preuves d’honeteté longue à conquérir pour que l’on admette une rédemption. Ce dont il ne veut sans doute pas. La droite assurant son avenir.
14:19 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : exposition andy warhol


Ecrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.