samedi, 17 janvier 2009

STRUCTURELLE OU CONJONCTURELLE, CETTE CRISE DU CAPITALISME ?

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1ère partie : quel est le système ?
On entend beaucoup ces deux vocables « conjoncturel » et « structurel » depuis quelques mois, à travers les analyses et commentaires sur notre méga-crise. Il y a aussi le terme : « sytèmique » accolé à crise, comme synonyme de crise structurelle. Alors quoi ? Cette crise est-elle une mauvaise passe du système ou est-ce le système qui est mauvais ?
Avant de trancher dans le vif, regardons ce capitalisme :
Dans le sens courant aujourd’hui, le capitalisme ou la doctrine capitaliste, est emblématique de


… l’actionnariat, de la bourse, de la déconnection des actionnaires et investisseurs avec la réalité des entreprises. Parce qu’ils ne s’occupent que des profits et de la construction des fortunes, voire des empires qui vont avec, grands ou petits. Ce fonctionnement engendre la prépondérance de la finance et des finances, avec sa gabegie actuelle.
Il comprend aussi le droit régalien de propriété des moyens de production, de vie ou de mort de l’entreprise (fermeture ou délocalisation…).

Ce terme capitaliste concerne les entreprises au-delà d’une certaine taille. Les grandes et moyennes entreprises du privé. Les groupes. Cela ne concerne pas les quelques associés qui montent une boîte quelque part. S’il faut un petit capital pour monter une société, et s’il faut recourir à l’emprunt auprès d’une banque, on ne peut parler de capitalisme doctrinaire à leur encontre.

Sachant cela, on voit que le capitalisme n’est pas tout. Dire que notre société est capitaliste est un abus de langage. Car lui échappent par définition, d’abord tous les fonctionnaires (5 millions d’emplois) et leur économie, qui ne travaillent pas dans des entreprises capitalistes. Ensuite, les emplois et l’économie du secteur associatif à but non lucratif (2 millions d’emplois). Et on peut ajouter le gros des troupes, les salariés et l’économie des PME de 1 à 49 salariés (8 millions d’emplois) avec beaucoup de commerces et artisans.
Sur les 23 millions de personnes qui exercent une activité rémunérée en France, on voit donc qu’une minorité de salariés (8 millions et encore) servent directement le capitalisme et son système.

Donc la France ne peut être qualifiée rigoureusement de pays capitaliste en soi.
Disons seulement que les grandes entreprises capitalistes représentent un large secteur puissant et ambitieux, qui ont été parfois le moteur de l’économie. Et dont les soubresauts se ressentent indirectement dans tout le pays et les pays.

N’oublions pas, par ailleurs, que l’État, le secteur public, est encore plus puissant que le secteur privé. Lui seul peut réunir de tels fonds. Le secteur automobile en fut le terrain avec la Régie Nationale des Usines Renault, nationalisée, a été tout à fait en pointe pendant 40 ans (et France Télécom, Air France, EDF,…).
Ajoutons y un bémol : l’État, garant du bien commun et de l’intérêt général, se comporte depuis une bonne vingtaine d’années, sans vergogne en affiliés du secteur capitaliste : prise de participation dans les entreprises, aides en tout genres démesurés, privatisation des entreprises publiques, avantages fiscaux, niches et obsession de la réduction de la masse salariale par la réduction du nombre des fonctionnaires. Ah Malheur !

Quoi qu’il en soit, le capitalisme étant ainsi délimité et ramené à sa juste proportion, nous lisons, écoutons et voyons les voix des partisans du capitalisme intervenir sans cesse autour de la méga-crise et poser  comme un axiome que ce système (leur système) est un tout, est tout.
Oui, tous ceux-là, la classe dominante, les dirigeants, les médias, conseils, les thuriféraires rémunérés, ceux qui en croquent et doivent leurs carrières au capitalisme, avec au premier rang les économistes affiliés, bref, prétendent que notre société est entièrement capitaliste jusque dans tous les recoins. Comme ça, on est tranquille. La société ne pouvant s’arrêter, eh bien, évidemment le capitalisme ne pourra s’arrêter non plus. Il est donc sauvé ! Et perdurera dans les siècles des siècles. On nous fait le coup cent fois par jour. Voilà la fin de l’histoire, son aboutissement.  Car « bien entendu » le fondement de l’homme est d’être capitaliste comme l’on respire de l’air. ( !)… Ah, malédiction !

Cette crise, selon eux, est donc conjoncturelle. « Oui, c’est une mauvaise passe » D’ici 5 ans, 10 ans, 30 ans, il n’y paraîtra plus. En pleine forme, sera le capitalisme à nouveau. Au pire, la crise est une purge… « Reprendrez-vous une coupe de champagne ? »

Un malheur n’arrive jamais seul. Une partie de la gauche va dans le même sens. Michel Rocard, malheureusement vieilli, oppose sans cesse au capitalisme libéral, le seul dirigisme bolchevique d’autrefois dans les pays de l’est. Alors évidemment, on a plus qu’à être pragmatique et content de notre sort. Nous devrons faire avec le capitalisme. « On n’y peut rien. »
Et les deux tiers du PS suivent. Le Modem aussi. Les Verts deviennent libéraux…

Comme à la veille du 14 juillet 1789, tout ce monde pense que, la France étant dirigée par la noblesse minoritaire et archi usée, ce système est immuable. On l’avait même dans le sang à l’époque. Aujourd’hui, à la veille de la mort du capitalisme, il n’est encore que malade bien sûr. Conjoncturellement. C’est une vérité de l’instant.
Mais c’est plus grave.

***

Oui mais non. La crise du capitaliste est bien structurelle ou systèmique. Le système de fonctionnement des grandes entreprises et d’une grande partie de l’économie est obsolète. Pourquoi ?

D’abord, 1) parce que le capitalisme est fondamentalement une histoire de cornecul à la limite de l’escroquerie légale, avec les bourses des valeurs. Ensuite 2) parce que la propriété implacable des moyens de production revient à un accaparement des biens. Enfin 3) que l’arbitraire du capitalisme, générant de l’injustice et des inégalités, structurellement, ne passe plus.

1) Oui, jouer en bourse ou au casino, des entreprises réelles qui concernent des emplois,  une production, de la vie locale, d’un quartier, d’une ville est illégitime. Baser des finances ou des comptabilités sur le secret, la non transparence qui n’est rien autre que du mensonge est encore illégitime.
Le vente, revente et distribution d’actions à qui mieux mieux déconnectent les décisionnaires de l’entreprise réelle. C’est donc la Bourse et l’actionnariat aveugle qu’il convient de supprimer.
Encore une fois, si le commerçant, l’artisan, le petit entrepreneur peut rester le pilote et propriétaire de son entreprise, un prince d’industrie ne peut plus faire le gugusse avec les ressources d’une population. Au-delà d’une certaine taille (500, 1000 salariés…), l’entreprise devient forcément une préoccupation collective.
Il y faut donc un partage assez équitable des responsabilités, des pouvoirs, et des profits en interne. Il faut inventer ou accroître la démocratie entrepreneuriale. Et aussi un regard de l’extérieur.  
S’il ne reste pas moins intéressant, honorable et rémunérateur de monter une société entre associés qui prospère très haut, au bout d’un temps et d’une taille, prendre et jouer avec tout le gâteau, ce n’est plus possible. Si cela l’a été parfois durant les 2 derniers siècles, l’évolution ne peut retourner durablement à une féodalité, d’entreprise soit-elle. Au-delà d’une certaine taille, obligation d’autonomie démocratique des entreprises.

Cela aussi parce que le peuple est relativement émancipés, chacun. Les salariés ne sont plus des paysans recyclés, des prolétaires sans jugeotte à mener à la baguette. Le niveau d’éducation et de culture, d’instruction a augmenté. La démographie s’est réglée. Le patrimoine en France, matériel et intellectuel, est immense. Ainsi que la mécanisation et progrès technologiques ont été multiplié par cent ou mille depuis un demi sciècle. Tout cela fait que nous sommes obligés d’avoir plus de pouvoirs partagés. L’autoritarisme ne marche plus.

2) Il en découle la question de la base même du capitalisme, (toujours au-delà d’une certaine taille) : la propriété des grandes entreprises (des moyens de production). Question bougrement structurelles qu’il faut remettre en cause avec indemnisation.
C’est le terme propriété qu’il faut discuter. Dans une copropriété, les propriétaires achètent un lot. Il leur apparient mais ne peuvent en faire ce qu’ils veulent, le supprimer, ni le délocaliser. Les propriétaires sont en réalité propriétaire temporaire.
La sauvegarde de l’entreprise doit être prise en compte, avec à la fois la rentabilité et le personnel humain comme préoccupation.     

3) Aujourd’hui, la direction d’entreprise s’apparente à de petites dictatures avec un droit régalien des dirigeants : de fermeture, de délocalisation, donc d’accroissement massif du chômage local qui signifie la mort professionnelle d’une partie des ex-employés. Le but de la société est déjà d’assurer les ressources de chacun.
De fait, ces fermetures arbitraires, ces délocalisations peuvent être des crimes contre la société. Un crime contre le contrat social. (Lip, Reynolds, Smoby, Jourdan et Kélian à Romans, etc…)

Avec cela, le capitalisme permet à certain de posséder une fortune 10 000 fois supérieures à ce qu’un ménage moyen peut espérer économiser dans sa vie. (Arnaud, Bettencourt, Mulliez,… ) C’est révoltant… Si des différences sont souhaitables pour dynamiser l’économie, de tels écarts sont immoraux, dépassés, honteux, à proscrire. Et prouvent que c’est le système même qui est mauvais.
Et en plus le Medef pleure qu’il faut aider les entreprises en diminuant les charges et impôts. Pourquoi ne pas donner de l’argent à Total ?
On est bien là dans le structurel. Car le capitalisme permet la construction d’empires et au plus gros de manger le plus petit. Structurellement. Le fisc doit compenser ces différences et la collectivité à coup de lois (loi anti-trust ou loi sur la concentration de la presse en France, …)

Et enfin, il est utopique aujourd’hui que le capitalisme puisse perdurer de la sorte, à cause de la contrainte écologique. Car il est basé sur la fuite en avant vers d’énormes profits, c’est-à-dire vers la création de dettes colossales, à coup d’investissements massifs à découvert et par là oblige à un avenir d’éternelle croissance exponentielle, pour cela, de transformation d’énergies polluantes en plus-values énormes, un moyen de créer du PIB facile.
La croissance est possible, mais raisonnée ; dans un autre système que le système capitaliste.
À ce propos, remarquons que le développement du micro-crédit, donc par définition d’investissements et de dettes très petits, paraît un moyen de création économique pérenne. Qui, multiplié en grand nombre, peuvent donner un secteur non négligeable marchand, hors capitalisme.

Pour compléter le tableau, revenons aussi sur l’expression drolatique de « capitalisme financier » opposé au capitalisme entrepreneurial. Comme s’il y avait plusieurs capitalismes ! Le capitalisme financier est un pléonasme. Il n’existe de capitalisme que financier.
En opposition, le capitalisme entrepreneurial soit concernerait des entrepreneurs qui sont responsables de la durabilité de l’entreprise, par conséquent en dehors des règles du profit seul. Donc en dehors du capitalisme actuel. Soit alors des entrepreneurs qui sont avant tout des financiers, c’est-à-dire qui se fichent de leur métier et ne voient que le gain rapide, et nous sommes revenus au problème précédent, au capitalisme financier. CQFD.

Ajoutons que des voix s’élèvent aussi pour dire que la crise n’est pas qu’économique mais  crise de société. Le paradigme du travail n’est plus valable (Michel Mafesoli), le big crunch ou la catastrophe économique (Paul Virilio), etc… Peut-être.
Il reste des fondamentaux mais le navire tangue salement.

Voilà. En tout cas, sachons reconnaître les partisans du capitalisme qui tente de faire croire que sans cesse, on va pouvoir remettre son couvert, car il est dans nos gènes. En passant cette crise en conjoncturel et en continuant à berner les gogos. Non, non et re-non !

Que peut-on y faire ?  C’est très simple : la force des plus faible est de s’unir pour devenir plus fort que le plus fort. Les nains groupés peuvent toujours gagner contre le géant.
On peut changer de système, mais lequel ?

(A suivre : alors, quel système voulons-nous ? )


Commentaires

Comme le dit Immanuel Wallerstein, "Les plus intelligents, eux, ont déjà compris qu'il fallait mettre en place quelque chose d'entièrement nouveau...Nous sommes dans une période, assez rare, où la crise et l'impuissance des puissants laissent une place au libre-arbitre de chacun..."
Ce serait dommage de rater une telle occasion de passer enfin à un système plus égalitaire, plus juste.
Mon intuition, cependant, me fait douter. Remplacer un système par un autre ne me semble plus suffisant. Il faudrait TOUT (et tous) changer. Une véritable mutation, quoi. Mondiale et simultanée, si possible.

Ecrit par : BB Dilett@nte | mardi, 20 janvier 2009

Beaucoup de choses n'ont pas changé après la crise de 1929 alors je vois pas pourquoi ni comment les choses pourrait changer 80ans après...

Comme d'habitude l'Etat ferme les yeux sur son propre cout de fonctionnement car le nerf de la guerre reste et restera la consommation a travers la confiance des ménages et l'amelioration du pouvoir d'ha....

Une prise de conscience mondial relève de l'utopie si on parle d'économie car nous ne sommes pas deja a même de nous coordonner sur les problèmes d'ecologie;
qui au demeurant pourrait certainement etre la bonne guerre malthusienne necessaire au cycle capitaliste "on casse on meurs on reconstruit".

bref attendons la montée des eaux (de preference un tsunami en saison estival sur toute la mediterranée) lol et on devrait retrouver du potentiel de croissance, le plein emploi, lol
Blague a part et cynisme de rigueur

Ecrit par : Ronan | lundi, 02 mars 2009

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