lundi, 05 janvier 2009
DU COURAGE ET DE LA SERVILITÉ, DU SERVICE PUBLIC ET DE LA TÉLÉVISION
Retour à la télévision. On attendait peu de Patrick De Carolis, il est vrai. Et pas grand-chose de la télévision, qu’il faut sans doute jeter aux orties (voir mes précédents articles). Mais regardons l’attitude politique d’un président de France Télévision, à la lumière de cette histoire de suppression de la publicité.
D’abord, considérons que le destin de ce président, en la personne de P. de Carolis était d’être remercié prochainement. Même directement par l’exécutif, comme il est désormais prévu.
Le pouvoir, donc Nicolas Sarkozy lui-même, avec l’aide de Gérard Larcher, et de Christine Albanel, invente au dernier moment, à défaut d’être prêt (plutôt mal-en-point) avec leur loi sur l’audiovisuel, ce coup tordu…
…d’imposer publiquement à celui qui se doit de défendre le Service Publique, la tâche de contribuer à le sacrifier, par la décision de supprimer la publicité après 20h, imposé d’en haut. Gloups ! Un tel procédé semble humiliant. Et Monsieur de Carolis l’exécute quand même. Certes, nous n’allons pas trop pleurer, car au fond ce n’est que querelle et manigance à la cour du roi Pétaud.
Mais quoi ? On touche au Service Public, fierté naturelle de la Nation ! Le Président de France Télévision, ou de tout autre service publique traité de la sorte, se serait grandi s’il avait saisi cette incroyable provocation (et à l’aune de son éjection proche), pour dire son fait à ce pouvoir en voie d’absolutisme. Il se serait accroché à son fauteuil public rien que pour faire braire ! S’ils avaient voulu jouer les aigrefins, eh bien voilà, il faisait une déclaration solennelle en réunissant les personnels de France Télévision dans le grand hall. Filmé et médiatisé. Et annonçait que capitaine du navire, il était et resterait. Et tant qu’il serait là, refusant l’humiliation du Service Publique, jusqu’à ce qu’on le sorte par la force des baïonnettes. Ah,ça mais ! À ces mots, tous les syndiqués ne se seraient sentis plus de joie politique. Les personnels, qui auraient eu faim de dignité et de justice et qui aurait eu assez de ce pouvoir absolu, auraient voulu mener la fronde. Et derrière ce panache au clair, c’est toutes la télé qui serait parti, un temps, en désobéissance civile, non pas en grève mais en grève du zèle. Tout à coup sur les écrans de France 2 et 3 un programme génial, du jour au lendemain. C’était Noël, comme en Roumanie en 1989. Enfin que pour le temps que ça dure. Whouaahh !
Bien sûr, avec cette rebuffade, cette mutinerie pour l’honneur et pour les principes, les rats serviles auraient quitté le navire. On les aurait vu se faufiler entre les pattes pour rejoindre la fabrique de fayot : « Tant mieux ! Au revoir et bon vent » On aurait vu qui serait resté à bord, derrière le noueau Patrick de Carolis, chef debout et courageux.
Et puis évidemment, le pouvoir aurait gagné, à terme, à moins que ce soit la révolution même qui emmène le pays. D’autorité, les forces du mal et de l’ordre, serait venu chercher Patrick De Carolis, un matin à 5h45. Ou bien TDF coupait le jus un dimanche : plus de télé. À défaut, c’est un quarteron de sous-directeurs à la solde, aurait déboulé dans son bureau pour un faire un putch… Ah malheur ? Mais non ! Enfin de quoi alimenter plus que de mesure tous les médias du monde entier et foutre un bordel qui serait retombé forcément sur le visage du pouvoir inique. Patrick de Carolis, devenu un de Gaulle contre toute attente, (à condition de savoir mener la polémique de bonne main une fois lancé) serait devenu une référence absolue en terme de probité, de courage politique, un acteur essentiel des médias du XXIe siècle : « le Président qui a dit non », et s’en serait parti finalement sur un dernier baroud d’honneur, en laissant l’image du héros (en plus du grand professionnel de la télévision de papa qui n’a pas toujours été punk) Ce qui l’aurait propulsé Ministre de la Culture à la première alternance, gageons-le. Un destin.
Ce panache aurait eu de la gueule. La politique est un roman appliqué.
Non, mes amis, ne rêvons pas.
On a demandé à Dominique Volton, membre du conseil d’administration de France Télévision, pourquoi il n’y avait pas eu plus de résistance que cela, à cette humiliation ? Aurait-il dévoilé un stratagème, une bonne raison, une logique toute en politique qui ferait que de Carolis, supprimerait de lui-même la publicité. Dominique Volton déclara plaida ce passage sous ces fourches caudines en prétextant la lourdeur de la télévision, qui demande aux grilles d’être programmées des mois à l’avance. Oui, comme il était prévu que la loi imposerait l’arrêt de la publicité le 5 janvier, France Télévision a anticipé une nouvelle grille à cette effet. Mais comme aujourd’hui, il n’y a plus de loi à temps pour valider cette préparation, il ne reste plus qu’à la Direction d’abroger la pub d’elle-même ou bien de connaître le pire : d’attendre à ce qui n’est pas prévu. Ah, malédiction !
Bon, c’est un peu court comme explication. Une grille de télé s’adapte vite. La preuve en est qu’elles suivent facilement l’actualité et les événements non prévu. Bon d’accord, c’est un peu de boulot, mais bien vite au bout de 15 jours, un mois, on doit pouvoir ajouter ou retirer un programme court qui remplace la pub.
L‘explication la plus plausible aujourd’hui est que le président de la télévision française a obéit au pouvoir parce qu’il était inquiet pour son avenir. Même foutu à la porte par le pouvoir en place, il conserve des signes d’obéissance qui, ajouté aux coups et ménaces qu’il reçoit du pouvoir sont des signes de servilité. Sinon on aurait pu lui faire annoncer lui-même sa décision de supprimer la pub. Il baisse la tête car c’est son prochain poste qui est en jeu. Peut-être directeur d’une centrale nucléaire ? Pourquoi pas une place en trente deuxième position sur la liste des radicaux valoisiens aux Européennes. Sait-on jamais, il convient de rester prudent.
Dernière minute : rions un peu : les sénateurs et députés en retour ont l'air fin de discuter d'une loi, qui est déjà passée avant d'être vôté. Le comble serait qu'il ne la vote pas.
21:49 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : télévision, suppression de la pub à la télévision


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