jeudi, 01 janvier 2009

LE RETOURNEMENT DE L’OPINION.

(voir aussi cette tribune sur Marianne2)

Ce début d’année 2009 implique de bonnes résolutions, par une lecture du moment : passé, présent, avenir. Voici l’histoire :
Au début de la présidence Sarkozy et même pendant la campagne présidentielle, l’opposition (enfin une bonne partie) avait l’impression de prêcher dans le désert. Dans un désert de droite. Même ayant de solides arguments et malgré les scandales flagrants d’égoïsme et d’iniquité, malgré le bling-bling et la vulgarité du pouvoir, on avait l’impression qu’une masse de l’opinion, sinon approuvait le nouvel exécutif , mais du moins fermait les yeux. Tout cela parce que la société française était à droite, nous avait-on dit. « C’était comme ça que cela marchait dans le système ».
Nous pleurions. Fort de cela, le pouvoir, n’ayant cure des critiques, s’est donc lâché. Ainsi fut l’affirmation d’une droite bien égoïste,…


…trouvant son moteur dans l’accroissement des inégalités et dans les intérêts particuliers. Ainsi fut cette parole en verve fournie par la garde rapprochée (Bertrand, Morano, Dati, Voreth, Karoutchi, Lefebvre… ) L’heure n’était point aux scrupules. Peu leur challait les incompétences, défiances, propos maladroits, voire insultant, tout cela n’avait pas d’importance, le vent soufflait dans le dos.
De mois en mois, les dossiers à charges et les irresponsabilités se sont accumulés. Sans que rien ne bouge. Confiant, le pouvoir, au lieu de gagner en maturité, voire de se reprendre, a continué dans la même déraison. Mais le vent a baissé. Tant pis, ils continuèrent les contre-réformes, toutes les contre-réformes. Le vent est tombé et s’est retourné cet automne. Tant pis, jusqu’au bout, jusqu’à la dernière minute, le pouvoir a encore tenté de faire passer ce qu’il pouvait comme acquis anti-sociaux, comme un sale gamin qui fait encore une dernière sottise par rage de nuire.
Mais ce pouvoir, faisant ainsi, marche sur un banc de sable, dans une rivière. Le courant a creusé en dessous, sans qu’on puisse le voir. Une goutte d’eau, une étincelle ou une aile de papillon qui passe… tout à coup, tout s’écroule, il est submergé, la noyade est là.
La méga-crise, dont Nicolas Sarkozy n’est responsable que dans la limite – dont il ne peut se dédouaner – d’avoir été le chantre de l’ultralibéralisme pendant des décennies, est un retournement de société. Il est trop tard.
Ce ne sont pas quelques discours de Toulon qui sont et seront pris comme des effets d’annonce qui n’ont plus d’effets. Ce ne sont pas les dernières bourdes comme l’acharnement à la privatisation de la Poste, à la contre-réforme de l’audiovisuelle, et toujours le harcèlement stérile contre l’Éducation Nationale, qui ne servent qu’à mettre le pays encore plus en rogne, qui vont changer non plus les choses. Quelques milliards en plus et en moins.
Voici un phénomène d’hystérésis, c’est-à-dire une vague retard qui est prête à se déverser alors que la commande est inversée, en vain. Appelons cela aussi le phénomène du balancier : plus on le pousse dans un sens, plus il revient fort dans l’autre. En cela, tout le monde constate que la classe dirigeante, dont notamment le pouvoir en place, s’est empiffrée sans honte depuis trente ans, et aujourd’hui, c’est le bouquet.
Aux errements de ce pouvoir néo-libéral se dépatouillant avec le problème, et avec l’inquiétude et l’urgence émanent de la méga-crise, toutes les rancunes et les humiliations accumulées depuis des mois (des décennies), émergent parce qu’elles ont un vrai fondement, une vraie injustice, un manque de sagesse jamais atteint.
Comme1789 fut, non pas la crise du manque de blé, mais la crise du régime monarchique entier, aujourd’hui le roi est nu. Il n’est même presque plus besoin d’un leader d’opposition pour emmener la révolte sociale, elle risque de s’emmener toute seule. C’est la société, c’est chacun qui semble en avoir ras le bol, atterré, à demi-furieux, et commence à envisager que son intérêt est plus à congédier le pouvoir plutôt qu’à le conserver. Puisque la société régresse, que nous régressons, et que nous sommes convaincus que nos enfants seront moins heureux que nous. Pourquoi continuer? Parce qu’il y aura moins de gâteau à se partager ? Non, parce que la partage est faussé. 
Rien ne peut plus marcher. Même une partie de la droite, inquiète, change de stratégie, enfin de discours, car elle sent bien qu’elle va dans le mur avec leur leader qui va devenir un poids. C’est-à-dire, créer plus de problèmes qu’en résoudre.
Les médias et chroniqueurs, qui étaient à 95% du côté du pouvoir, apprennent la défiance, car qui sait ce que l’avenir leur réserve ? (Alain Gérard Slama du Figaro, semble parfois être passé dans l’opposition, ces temps-ci, c’est dire) Est-ce leur intérêt de conserver ce pouvoir-là, qui ne pourra pas s’en sortir ?
Et la possibilité d’une révolte vient de Grèce. Devant l’incurie ou la malveillance des dirigeants, (ce qui est la même chose) devant l’impossible alternance, les forces vives ou en devenir du pays se révoltent en cassant tout ; le pays est bloqué. De l’autre côté, on ne peut faire tirer sur sa jeunesse, pas après Tien An Men. S’il y a des élections législatives ensuite, seront-elles gagnées ou perdues ? Car ce n’est forcément pas un scénario à la Mai 68, c’est-à-dire une révolte dans une période de prospérité, suivi d’une réaction contre-sociale de l’opinion, par les élections. On peut très bien imaginer, l’inverse, autrement dit, une révolte en période de crise, un mouvement social qui bouscule le pouvoir, et des élections anticipées qui renvoient les dirigeants en place et apporte une alternance. Pour cela, il faut que l’opposition trouve ses leaders, que l’on ne semble pas connaître, pour l’instant. Peut-être… Dans l’histoire du pays, surtout dans les coups de tempête, nombre de leaders de premiers plans étaient inconnus cinq ans (voire cinq mois) avant d’arriver à la première place.
Qu’est-ce qui peut sauver Sarkozy, au fond ? Comment peut-il retrouver, non pas une légalité mais une légitimité. Le tout sauf Sarkozy est là, en ce sens que tout le monde est convaincu que ce n’est pas ce genre de pouvoir qu’il nous faut désormais.
Il pourra faire tous les efforts ou signes positifs qu’il voudra, se traîner par terre, faire du théâtre comme Bernard Tapie, la solution ne passe plus par lui. Son départ devra marquer un changement radical de politique en France, comme le départ de Bush et l’arrivée d’Obama marque un soulagement aux États-Unis.
La vague est en formation. Elle est partie. Ce n’est même plus la peine de retirer la réforme Darcos, les lycéens sont ou seront dans la rue, peut-être suivis par les étudiants, les jeunes travailleurs pauvres et les adultes emboîteront le pas, comme tous ceux qui sont en détestation de cette politique. Les alliers du pouvoir le lâchent ou le lâcheront, petit à petit.
Et les forces de l’ordre sont assez fortes pour contenir les débordements de 5000 manifestants, mais à un ou deux millions dans la rue tous les trois jours, ce sera difficile.
Face à la méga-crise, les pouvoirs publics sont en charge de compenser le manque de prospérité  par le rééquilibrage des revenus et le partage du PIB. Le font-ils ? Non.   
Alors ce pouvoir en France n’attend plus qu’une seule chose : la chaussure.
Ah je m’emporte un peu, mais ça le mérite. Bonne année 2009.
Laurent Laurent

Commentaires

Pensez-vous sérieusement qu'il y aura "un changement radical de politique" en France avec le Départ de Sarkozy ?

Et trouvez vous qu'il y a "un changement radical de politique" parce que Bush a été remplacé par Obama ?

Ce qui a amené Sarkozy au pouvoir est une lame de fond qui n'est pas prête de disparaitre avec son départ tout comme ce qui se passe en Israël ne sera pas plus différent parce qu'il y aura Obama. D'ailleurs qui a entendu Obama condamner les bombardement israélien ?

Ecrit par : Dr T | jeudi, 01 janvier 2009

Bonsoir,

Je viens de découvrir votre texte à propos de ce qu'il se passe. Je me reconnais dans vos propos car les miens, même si d'un style très différent, ont le même sens. On sent bien que tout va mal et que l'égoïsme en place et qui préside à nos destinées ne pourra pas tenir. Il faut en effet envisager soit un renversement radical de la politique actuelle, soit un renversement tout court. On ne peut espérer un revirement de la part du gouvernement et du grand manitou. Trop imbus d'eux, trop sûrs d'eux et d'avoir raison contre tout le monde. Qu'il faille des réformes, je veux bien l'admettre, mais sans pédagogie, sans concertation et à toute vitesse, certainement pas.
Mais quel changement attendre sans en passer par la révolution ? Qui est susceptible de prendre les rênes et de diriger le pays ? Comment retrouver une unité nationale lorsque tout fout le camp ? Le ras-le-bol est-il vraiment au point de non retour ? De tous temps, il y a eu ceux qui se sont battus et ceux qui sont restés dans l'expectative. Le désarroi de la jeunesse (et il est bien plus ancien qu'on ne le croit) peut-il être le moteur qui déclenchera enfin une réaction unanime ? Il y a tellement à perdre même si on gagnerait beaucoup à descendre dans la rue. Cela fait des années que la frilosité des uns et des autres a conduit au manque de réaction et a facilité la mise en place d'un pouvoir qui n'a cure de rien et se soucie comme d'une guigne que la majorité de la population en ait assez. Regardez les grèves : autrefois elles duraient plus d'une journée. Les syndicats suivent davantage les mouvements de rue qu'ils ne les suscitent. Et l'opposition ne se traduit plus que par des guerres intestines. Alors croire à un sursaut généralisé....

Ecrit par : fred de roux | jeudi, 01 janvier 2009

SI si si on devient toujours PLUS pauvre et pourquoi lui devient toujours PLUS riche?

Ecrit par : skipy68 | vendredi, 02 janvier 2009

A Fred le roux!!
Tant que l'individualisme primera, que les castes seront autant divisés, l'union sera dure et vouloir renverser un régime sans autre alternative que le chaos, les gens aurons trop peur de perdre le peu qu'il le reste!!Tant qu'il n'y aura pas une flamme d'espoir pouvant proposer autre chose que ce qui est, y aura jamais une vraie révolution!
A croire que l'agonie n'est pas encore assez profonde!

Ecrit par : skipy68 | vendredi, 02 janvier 2009

Est-on si individualiste que ça ? Le système castique, les classes sociales, les clans, les églises ont toujours existé. Il suffit de regarder les siècles précédents pour comprendre que si certains tondent les plus pauvres, il en est d'autres qui pensent différemment et qui se battent pour que cela change. Même aujourd'hui. Mais sans doute ceux qui persévèrent dans leur combat sont-ils moins visibles que ces autres qui plastronnent (à tous les niveaux). Il y a eu des "abbé Pierre", entre autres personnalités, il y en a encore. C'est une question d'esprit, de positionnement et de révolte personnelle. Apparemment seules les initiatives personnelles sont susceptibles d'apporter ce petit grain d'espoir. En tout cas, ce ne sont pas les partis politiques qui inspirent la plupart d'entre nous. Cherchons donc ailleurs ce qui ne nous est pas proposé par les officiels politiques (le pouvoir corrompt très vite). Mais est-ce par le chaos (on dit généralement guerre civile) qu'on s'en sortira ? Cela m'étonnerait beaucoup.

Ecrit par : fred de roux | dimanche, 04 janvier 2009

Chers amis. Cette tribune du premier de l’an est un vœux. Elle tient pour beaucoup de la fiction. C’est un scénario. On peut penser qu’il est utopique, qu’il est possible ou probable. Je n’en sais rien. Mais c’est avec des scénarios, assez clairvoyants, que Castro, de Gaulle, les Roumains à Noël 89 ont réalisé leur projets. Coup de chance ou sciemment organisés, qui ont aboutis.
Disons qu’en politique (de même qu’en économie), il n’est pas possible de prévoir à plus d’un coup, car à chaque étape, il y a trop de possibilités. Alors pour le coup d’après, par trop multiplié par trop, donne trop.
Regardons ici le prochain coup. La possibilité de bousculer le pouvoir commence à être envisageable. Si j’ai imaginé cela, c’est que j’ai été étonné d’entendre la virulence de certains intellectuels et universitaires d’ordinaire plus calme et plus raisonnables. Et d’autres avis de personnes qui n’ont pas vocation à être extrêmiste. L’époque n’est plus comparable avec celle de Chirac où pourtant la vacuité atterrait les citoyens. Nous sommes bien au-delà.
Il y a donc une possibilité que le peuple sorte de ses gonds, si une aristocratie se partage les richesses. Il y aura de la raison à cela. La preuve, c’est déjà arrivé une fois. Et donc aujourd’hui, on sait que ça existe.
Qu’on veuille bien croire que je ne suis pas révolutionnaire invétéré. Je ne souhaite qu’une concorde, des compromis, des négociations entre les parties. Pour l’équité et la justice. Alors, il y a des cas, où…
Laurent Laurent

Ecrit par : Laurent Laurent | dimanche, 04 janvier 2009

C'est peut-être une fiction, mais ce peut être également une réalité. A-t-on véritablement d'autre choix que d'affronter le pouvoir en place (celui de l'argent trop facile, celui du mensonge, celui de l'esprit de clan et d'exclusive, celui du toujours plus pour quelques uns et toujours moins pour la majorité) ?
Le président actuel devrait davantage tenir compte de la température nationale : lui qui se targue d'être un grand communicateur, qui use et abuse de ses relations avec les médias (pas tous heureusement !), lui dont l'ego est plus que surdimensionné, ne lit certainement pas ligne à ligne les sondages (laissant cela à ses nègres). S'il avait eu l'intelligence d'y regarder de plus près, il n'aurait pas osé avoir des vœux comme ceux dont il nous a abreuvés : petit détour par la crise et larme de crocodile pour ceux qui ont perdu leur boulot, mise en avant de sa présidence et autosatisfaction mal placée, annonce d'une année difficile (et c'était peu dire) et poursuite des réformes qui devront être ficelées avant la fin de l'année.
Je ne suis pas plus révolutionnaire que vous mais zut, mon dégoût a fait un sacré bond en avant à l'écoute de ses propos. Comment peut-on être aussi méprisant ?

Ecrit par : fred de roux | dimanche, 04 janvier 2009

tres bon article, merci
et oui je pense qu'il est temps de faire quelquechose. avec Sarkozy qui fait du Bush avec 7 ans de retard...et OBAMA qui nomme les pires escrocs des 20 dernieres annees ( GEITHNERS, SUMMERS, WOLFOWITZ...)
d'abord l'europe le 7 juin 2009 : www.newropeans.eu
1er parti trans-europeen depuis la creation de l'europe
reel implication du citoyen
pas droite, ni gauche ( concept completement depasse ) mais pour une protection sociale du citoyen
*ENSEMBLE POUR UNE VRAIE DEMOCRATIE*

Ecrit par : FR-ank | lundi, 05 janvier 2009

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