mardi, 23 décembre 2008
POUR NOÊL, LA PARABOLE DES POISSONNIERS
André Comte-Sponville dans Du Grain à Moudre (France Culture, 19/12), émission consacrée au thème de la moralisation du capitalisme, a pris ce bon exemple des deux poissonneries, pour décrire l’intérêt du capitalisme comme naturel et semblable à l’intérêt de chacun.
Il décrit deux poissonneries, assez proches, l’une a beaucoup de clients, l’autre non. Ce qui fait que tout le monde…
…et nous-même sans doute, allons plutôt dans celle qui est bien achalandée. C’est une garantie de débit, de poisson plus frais, de prix plus bas et de confiance. Voilà l’intérêt de chacun. Il dit que chaque capitaliste raisonne de même et agit selon son intérêt. Qui pourrait le reprocher ?
Cet exemple est admirable d’évidence. À condition, de le considérer dans un système fermé et isolé du reste. Ce qui n’est jamais la réalité. Cet exemple est valide à condition qu’on ne tienne pas compte de l’extérieur.
Car d’abord ici, on ignore le temps. À terme, la poissonnerie moins achalandée périclite et ferme, par exemple. Il ne reste que celle qui est la plus fréquentée, qui a peut-être racheté l’autre, même. Le gros mange le petit. Ajoutons que si le phénomène se répète avec d’autres plus loin, la poissonnerie devient très grande, trop grande, une sorte de grande distribution. Elle échappe au contact du client, pour que ce soit finalement, le client qui y perde. La quantité est toujours au détriment de la qualité.
C’est ça, le capitalisme : la construction de petits empires, bientôt de monopoles. Une fois en position de force, le service, la qualité baisse, l’augmentation des profits implique la baisse de la qualité. L’intérêt du client diminue donc.
Passons d’une solution capitaliste dure à, disons, plus de libéralisme. Dans ce cas, on conseille la concurrence entre poissonneries. Voici la liberté et l’aide à l’installation comme stimulateur du meilleur rapport qualité prix pour le mieux disant commercial. C’est l’intérêt de la clientèle… Sauf si cette concurrence est débridée, acharnée et qu’elle débouche sur une lutte à coup de dumpings. Encore une fois, au détriment de la qualité et ensuite de la clientèle.
Le libéralisme sans limite, le néo-libéralisme vu comme ça, est un attrape nigaud qui arrange les plus malins grâce à la concurrence libre (du renard libre dans le poulailler libre), et rejoint bien vite le capitalisme carnassier, la logique du plus fort, et la reconstruction de positions dominantes de monopole tout à fait, en dédinitive, anti-libéral.
Alors quoi ? Bien vite, on voit que l’intérêt de la collectivité qui est l’intérêt de chacun moyenné par le groupe, change de l’égoïsme simpliste. Il est alors judicieux de freiner les expansions trop rapides, les déséquilibres. D’abord par une bonne répartition sur le territoire. Pas besoin de faire 10 kilomètres pour trouver du poisson. Ensuite, par une saine concurrence, non pas libre et non faussée, mais une concurrence régulée. Qui laisse l’initiative et la liberté pour améliorer ses gains, certes mais empêche les mises en péril des uns ou des autres. Une liberté qui régule, quoi.
On peut souhaiter que le mauvais poissonnier disparaisse au profit du bon. Oui, le talent est requis dans le meilleur des systèmes, socialiste soit-il ; la médiocrité, non. Elle peut être une erreur de départ, on peut avoir une seconde chance ailleurs. Si ça ne marche toujours pas, on doit échouer à nouveau et ne pas se maintenir grâce à un dirigisme absurde. On ne peut encourager le manque de talent sous prétexte d’égalité. Il est par ailleurs indispensable aussi de permettre au talent de s’implanter assez facilement. C’est ça la régulation, la recherche de l’équilibre entre la liberté et le dirigisme. C’est un système optimal, voilà tout.
Pour prendre une image encore, cette solution de régulation est comme un équilibre en haut d’une crête, entre les abîmes de la liberté et de la contrainte. Dès qu’on glisse, qu’on chute d’un côté et de l’autre, il faut dépenser de l’énergie (des aides) et mettre des garde-fous (des normes) pour remonter à l’équilibre.
Chaque jour, les économistes et commentateurs nous chantent qu’il n’y a pas d’autre système que le capitalisme, à moins de vouloir un dirigisme à la soviétique qui n’a pas marché. Rocard ne manque pas une occasion de le rappeler. Alors que la solution est pas entre l’un ou l’autre. C’est entre les deux, et ça s’appelle la régulation. L’équilibre est le maître-mot de la nature et de la nature humaine.
Cet exemple des deux poissonneries est symptomatique d’un point de vue partiel, qui oublie simplement les contraintes externes pour convaincre du bien fondé de l’égoïsme naturel de l’humain. Ici, on oublie le travail du temps : qu’arrive-t-il à terme, lorsqu’il ne reste qu’une poissonnerie ? On oublie la contrainte externe de l’intérêt général : le meilleur doit-il posséder tout, avoir le monopole ? On oublie l’utilité de la répartition. Et l’avantage, parfois de la petite taille.
Ce sont là des logiques de droite, à courte vue, qui donnent, poussée un peu plus loin, des idées reçues comme : « travailler plus pour gagner plus » ou encore « dans la vie, il y a les arnaqueurs et les arnaqués, je préfère être du côté des arnaqueurs » ou bien « la France aux Français » qui régalèrent les gogos dans les années 80, jusqu’à nos jours, sinon depuis l’aube de l’humanité.
La moralité de cette parabole des poissonneries est que : le point de vue de droite, de déclarer le monde tel qu’il est uniquement par les travers humains, est tout simplement faux par omission. Ce n’est prendre qu’une partie des choses, celles qui arrange la droite, pour un point de vue de droite.
La preuve : comment expliquer le progrès social au long des siècles ? Si tout était basé sur le choix d’être soit un prédateur, soit une victime, il n’y aurait jamais eu d’avancées depuis les Gaulois. Et l’on serait dans un enfer mafieux où ne règne que la loi du plus fort. Ce qui n’est pas le cas.
Oh petit Jésus, faites que nous sortions du néo-libéralisme et de son discours réducteur.
10:26 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : andre comte-sponville


Commentaires
Votre article m'a beaucoup intéressé... "le renard libre dans un poulailler libre" ... "la liberté régulatrice ou la régulation de la liberté ? " ... "les mensonges par omission de la droite" ... Bon noel en esperant que le papa noel vous apportera un nouveau stylo ou clavier pour 2009.
Ecrit par : samuel | jeudi, 25 décembre 2008
Le capitalisme est un système économique qui tend vers un monopole privé tandis que le communisme à la sauce URSS tend vers un monopole d'état!
Tous deux vont à l'encontre d'une économie réelle de marché et de libre concurrence.
C'est pourquoi, je suis pour la limitation non seulement des revenus mais également des fortunes!
Contrairement à l'idéologie ambiante qui considère les droits de successions comme un impôt injuste, je suis pour des droits de successions pouvant aller jusqu'à 100 % en fonction du montant et du degré de parenté.
Ceux qui veulent supprimer les droits de successions les présentent comme un impôt payé par quelqu'un qui a travaillé toute sa vie pour accumuler quelques biens et trouvent donc fortement injuste d'imposer ce qui l'a déjà été.
L'amalgame consiste à faire croire que c'est la personne qui décède qui paye les droits de successions... alors que dans la réalité, c'est celui qui hérite qui va les payer!
Le capital, accumulation de l'épargne de l'un, devient un revenu pour celui qui hérite et se doit donc d'être imposer comme tous les autres revenus.
Ecrit par : Jean-Marie Belgique | jeudi, 25 décembre 2008
Vous vous méprenez. Dans une société libre, il ne peut y avoir de monopoles. Les seuls monopoles sont des avantages accordés par les états qui disposent pour se faire de "la force injuste de la loi" (mitterrand). Les producteurs ont intérêt à s'allier aux politiques pour disposer de tels monopoles qui leurs assurent des revenus sans faire l'effort de satisfaire le client. C'est le cas en france de la SNCF, la sécu, l'éducation nationale etc..
Quand à la morale, si le poissonnier qui propose du poisson de meilleur qualité rencontre pus de succès que son voisin, qu'y à t'il de choquant ? Il n'y a pas d'exemple de monopoles privés durables. Si le poissonnier baisse la qualité ou augmente son prix, il se trouvera toujours un concurrent prêt à s'installer. Sauf si un réglementation (ce que vous appelez de vos vœux) est venue entretemps qui oblige à disposer à disposer d'une certaine surface, ou d'une certaine expérience ou quoi d'autre encore, l'empêche de le faire.
Le libéralisme protège le consommateur. L'étatisme le producteur.
Le libéralisme c'est des poules libres de s'associer entre elles pour se défendre contre celui qui les a enfermées dans le poulailler afin d'en faire son repas, c'est à dire l'état.
Ecrit par : serigny | dimanche, 28 décembre 2008
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